
La majorité de mes clients/tes sont des femmes, et beaucoup d’entre elles viennent pour affirmer ou réaffirmer leur identité, leur féminité, ou pour réparer une blessure.
Chaque situation est unique, chaque proposition d’accompagnement l’est aussi.
Ma méthode thérapeutique aide à la réappropriation corporelle et identitaire ainsi qu’à la revalorisation du corps et de l’estime de soi par le bais de différents outils, qui sont optionnels:
la liberté de parole et l’opportunité de poser des mots et des maux au sein de l’atelier avec un accompagnement individualisé, une écoute, des conseils et une guidance adapté à chaque situation.
une séance d’auto-tatouage pour les personnes qui le souhaitent, technique totalement encadrée et sécurisée afin de permettre une appropriation du corps ainsi que du tatouage (technique particulièrement adaptée aux tatouages de deuil ou des suites de violences sexuelles ou physiques).
Vos séances, vos histoires
Mais laissez-moi vous emmener dans 4 séances de tatouage thérapeutique, car ce sont des séances qui se vivent dans l’instant et qui sont systématiquement adaptés à la personne accueillie : (les prénoms ont été modifiés)
Je crée l’ensemble des illustrations moi-même et chaque tatouage est unique et ne sera tatouée que sur une seule personne. Les tatouages thérapeutiques sont faits en collaboration avec les personnes qui viennent à moi.
Venue pour un tatouage thérapeutique, un motif d’oiseau mais ne souhaite pas m’en dire plus. À la fin de la séance je lui propose de s’auto-tatouer avec la couleur qu’elle souhaite, elle choisit du rose pour que son tatouage se fonde avec la couleur de sa peau et reste discret. Elle prend l’initiative de laisser totalement l’expérience suivre son cours, elle se lance sans savoir ce qui va ressortir de ce dessin indélébile sur sa cheville. Elle trace un trait tel un fil et le poursuit émue en dessinant un cœur au bout, enfin la ligne du cœur se poursuit et laisse apparaître une forme fœtale.
Elle m’explique les larmes aux yeux que sa mère est décédée après l’avoir mise au monde et qu’elle a dessiné le lien qu’elle ressent avec elle. Elle ne s’attendait pas du tout à dessiner cela.
Je prends systématiquement le temps d’accompagner une telle expérience, pendant ce moment précieux d’auto-tatouage mais aussi en post séance. (Conscientisation d’expérience, prévention à la santé physique et mentale, contacts de professionnels et messages de retour, je suis toujours disponible pour en reparler par la suite et souvent mes clients ont besoin d’exprimer plusieurs jours ou semaines plus tard ce qu’il s’est passé pour eux et ce que cela a débloqué)
Elle a perdu son petit garçon de 3 ans et souhaite lui rendre hommage. J’accompagne très fréquemment des deuils d’enfants, ce sont des séances intenses qui commencent par une heure de discussion, généralement les parents me racontent ce qu’il s’est passé, me montre des photos de leur enfants, libèrent les émotions. Nous avons fait le dessin ensemble la semaine d’avant, son garçon de dos avec des ailes de papillon. Elle ne me regarde pas tatouer, elle est avec son fils dans ses pensées durant le début de séance, une phase d’introspection importante, elle ne ressent pas grand chose (l’aiguille que j’utilise et la technique s’apparentent à la sensation d’une griffure de chat, tout est fait pour que la sensation physique soit supportable). Quand j’arrive pourtant au tatouage des ailes de son fils elle se met à hurler. La douleur est trop forte. Elle regarde alors le dessin et comprend que je tatoue les ailes, elle me dit qu’elle n’est pas prête à le laisser s’envoler. Elle comprend que la douleur est émotionnelle et beaucoup moins physique. Nous sommes émues toutes les deux. Quand je lui propose de remplir elle-même les ailes de petits points de tatouage, elle accepte tout de suite. Je lui explique la technique et quand elle maitrise son geste et se sent prête je la laisse seule durant le temps nécessaire pour dire au revoir à son petit garçon. Nous reparlerons ensuite de son étonnement après la séance, à quel point le dessin lui-même peut avoir une symbolique et des effets sur le ressenti physique.
18 ans, venu pour un tatouage thérapeutique
Suite à des violences physiques répétées de la part de sa famille. Il prend le temps de me raconter son parcours et souhaite se faire tatouer un petit motif caché pour ne pas que ses parents ne s’en aperçoivent. Je m’attèle alors à la tâche. Nous discutons toute la séance, les hormones d’endorphines arrivent assez vite comme à chaque fois dans des conditions très spécifiques misent en place à l’atelier (de la confiance, des lumières tamisées, de l’intimité, du temps, de la douceur, de la chaleur, des boissons chaudes, de la musique douce et beaucoup de bienveillance), au bout de 20minutes il se détend et me confie ce qu’il a besoin d’exprimer à ce moment-là. L’endorphine a cette capacité d’aider à lâcher prise à condition que l’on fasse confiance à la personne en face de nous. A la fin de la séance je lui propose de se tatouer, cela l’inquiète un peu et je le rassure, il n’aura qu’à tenir le dermographe comme un stylo, les points ne sont pas douloureux et inratables. Il souhaite au départ une couleur presque invisible mais se ravise et choisi du bleu. Il décidera alors, cette fois, de ne pas cacher son point de tatouage et le fera sur le torse, aux yeux de tous. Il digère un peu ce moment intense en émotion et reprend son souffle, il se fera un point à chaque bras, jambe, nombril, et répètera à chaque fois, ému et presque en silence « ça c’est à moi, ça c’est à moi… » il m’écrira quelques jours plus tard pour exprimer sa fierté d’avoir repris possession de son corps et m’expliquer que chaque point a été fait à l’endroit des violences répétées.
18 ans. Elle viendra accompagnée de ses parents pour une pré-seance de rencontre, ce sont ses parents qui m’écrivent, ils y tiennent et ne m’en disent pas plus. Arrivé à la première rencontre Clémence sera silencieuse et gardera les yeux baissés durant un certain temps. C’est son père qui prendra la parole, les larmes dans la voix. « Mon bébé a été violé » il m’explique ce qu’il s’est passé, un soir en boîte de nuit, quelques semaines plus tôt. La maman pleure à côté de Clémence. Son papa reprend son souffle et m’explique que le souhait profond de Clémence est de se faire tatouer quelque chose qui symbolisera sa guérison.
Mon passé d’éducatrice spécialisée dans l’accompagnement des femmes victimes de violences (j’ai exercé dans tous les foyers pour femme de Strasbourg et ai écrit un mémoire de fin d’études sur le sujet) est très précieux dans ces accompagnements qui sont malheureusement fréquents. Je guide les parents vers des lieux d’écoutes et tente d’entrer en communication avec Clémence. Ce n’est qu’à la deuxième rencontre qu’elle se dévoilera, nous ferons le dessin ensemble, un personnage symbolique la représentant, et des fleurs qui sortent d’elle. Nous serons alors toutes les deux et la parole se libérera, la procédure de plainte étant bien entamée je n’aurais pas de travail de prévention judiciaire à faire pour clémence.
J’accompagne fréquemment des personnes ayant eu des ablations mammaires, des cancers, des maladies auto-immunes, qui subissent des opérations fréquentes, qui ont fait des tentatives de suicides, qui ont besoin d’apprivoiser un nouveau corps. Je ne travaille qu’avec du matériel hospitalier et je demande systématiquement un avis médical dans ses situations.
Je crée l’ensemble des illustrations moi-même et chaque tatouage est unique et ne sera tatouée que sur une seule personne. Les tatouages thérapeutiques sont faits en collaboration avec les personnes qui viennent à moi.